Lettre ouverte à l’équipe de « Toute une histoire »

Madame, Monsieur

Dans un appel à témoin récent, vous cherchez des témoignages sur le thème « Pourquoi fuient-ils la réalité? » et citez les accro aux jeux vidéos et aux jeux de rôle.

Vous désigner les mondes imaginaires comme si c’était mal de s’évader. Retirer à l’homme sa capacité à rêver et vous niez les plus grandes oeuvres de l’imaginaire. Adieu Beethoven et Mozart, adieu Vinci et Picasso, adieu Verne et Dumas. Se projeter dans un univers imaginaire est une soupape. Vous le savez bien puisque vous voulez que les gens oublient leur quotidien et prennent du temps pour regarder votre émission.

Du pain et des jeux, la formule est connue. Les jeux du cirque n’étaient que les ancêtres d’un bon beat’em all. A ceci près que dans ce dernier seuls des pixels passent de vie à trépas. Vous voudriez donc que l’on culpabilise de s’évader?

Désolée mais ces mondes imaginaires que vous fustigez regroupent certaines des plus belles créations de l’être humain.

Les jeux de rôles n’enferment pas le joueur comme vous semblez le croire. Ils le libèrent et démultiplient sa créativité. Ils ouvrent son esprit à de nouvelles possibilités. Pas besoin de drogue pour ça. Ou alors je vous plains vraiment. Perdre ma capacité à imaginer serait un coup très dur pour moi.

A l’inverse de la télévision, devant laquelle on est passif, le joueur – de jeux vidéos, de rôle, de société…- est actif. C’est lui le moteur de son divertissement. Il fait travailler ses réflexes, son esprit de déduction, sa créativité. Il négocie avec d’autres joueurs, développent des stratégies qu’il pourra réutiliser dans son quotidien. Faire tomber d’accord trois personnes sur le meilleur moyen d’infiltrer le QG ennemi n’est pas très différent que de décider d’un plan marketing pour reconquérir des parts de marché. Ces deux situations impliquent de connaître ses points forts, les points faibles du concurrent, les moyens à sa disposition. Cela pousse chacun à proposer des idées, décider ensemble d’une stratégie et s’assurer que chacun adhère au dispositif retenu.

Dans la participation à des jeux, vous développerez votre soif d’apprendre ainsi que votre culture générale. C’est grâce aux jeux de rôle que je me suis sérieusement intéressée au 16ème siècle, que je me suis plongée dans les probabilités.

Ce sont les jeux vidéos en ligne qui m’ont donné ma première expérience de gestion d’équipe: recrutement, management, gestion des conflits, définition des objectifs…

Ce sont les mondes imaginaires qui m’ont fait pleurer devant un livre.

Ce sont les mondes imaginaires qui m’ont permis de rencontrer mon mari.

Ce sont les mondes imaginaires qui m’ont enseigné l’héraldique.

Ce sont les mondes imaginaires qui m’ont donné mon premier job.

Ce sont les mondes imaginaires qui m’ont intéressée à l’informatique.

Ce sont les jeux vidéos, de rôle et de société qui m’ont appris à vivre en société.

Ce sont les jeux qui, enfant, m’ont appris à suivre des règles.

Je vais peut-être proférer une énormité qui vous choquera mais j’ose néanmoins: j’aime m’amuser.

C’est ce qui me permet de rester en vie et de ne pas désespérer devant les atrocités que déversent vos JT quotidiens. Je ne conçois pas l’amusement comme une chose honteuse et répréhensible.

Je suis une adulte responsable.

J’ai un boulot stable qu’on qualifie rarement de marrant.

Je paie mes impôts.

J’investis mon salaire dans des projets qui me tiennent à coeur.

Peut-être que je parle dans le vent et que cela ne vous touchera pas. Mais je suis une optimiste et j’aime à penser que vous êtes ouverts d’esprit, que c’est simplement la méconnaissance qui vous fait avoir peur de l’inconnu.

Aussi je vous propose de faire découvrir ma passion à travers une ou plusieurs parties d’initiation au jeu de rôle aux membres de votre équipe qui seront intéressés. Je vie en Île de France, où sont situés vos studios il me semble. Je suis sûre qu’on pourra trouver une date.

Vous pouvez me contacter par e-mail (contact [at] dudeauclavier [dot] fr).

Merci de m’avoir lu.

Marie « Ayla » Olive

5 Commentaires

  1. Ta lettre est très bien argumentée mais malheureusement, je doute que tu ais une réponse de leurs parts. Ils veulent faire de l’audimat et rien que de l’audimat. J’avais été contacté par un appel à témoin il y a quelques années pour un sujet qui visiblement leurs étaient tout aussi inconnu que celui d’aujourd’hui. Je leurs avais répondu que j’étais prête à les renseigner mais pas à participer à un sujet aussi mal traité et… Aucune réponse ^^
    Mais qui sait, France 2 est peut être différent de NRJ12 🙂

  2. Je ne sais pas si j’aurais une réponse mais je l’espère. Ma proposition est on ne peut plus sérieuse en tout cas. On verra^^ Je vais ptet recruter de nouveaux joueurs pour ma table.

    • Cette lettre n’a que peu de chances d’aboutir car elle présuppose, par excès de naïveté ou de générosité, que le traitement du sujet par l’équipe de l’émission est lié à une mauvaise information et/ou à une négligence professionnelle.
      Il n’en est hélas rien et il suffit de se rappeler les mots cyniques mais honnêtes de Patrick Le Lay pour s’en convaincre.

      – Le temps que l’on passe devant un écran d’ordinateur, ou autour d’une table de jeu, c’est autant de « temps de cerveau que les chaines de télé ne peuvent pas vendre à Coca Cola ».
      – Le temps que l’on passe à se sociabiliser avec d’autres personnes en ligne ou autour d’une table génère à son tour encore plus de temps qu’on ne passe pas devant la télé, quand on a envie de fréquenter ces personnes en dehors du cadre du jeu
      – Les échanges sociaux avec les autres personnes, autant que l’enrichissement culturel indirect (tel que vous le mentionnez) élèvent le niveau culturel et le sens critique de ceux qui pratiquent ces jeux, rendant tout de suite moins digeste la bouillie infâme que les chaînes de télé nous servent. Et outre le fait de passer encore moins de temps à les regarder, cela révèle aussi au grand jour leur véritable visage, et le bouche-à-oreille fait la promotion des nouveaux médias en ligne bien plus sérieux que les médias traditionnels.
      – En plus de stigmatiser les gens qui s’émancipent de la télé, les sujets anxiogènes sont aussi audimatogènes auprès de ceux qui continuent de regarder, ils font d’une pierre deux coups

      Depuis bientôt deux ans je n’ai plus de télé chez moi et pas une seule seconde je ne regrette mon geste (en plus on fait des économies sur la redevance, et sans même gruger)

      • J’ai toujours eu du mal à intégrer le fait que les gens n’essaient pas d’élever la conscience de leur public. C’est chiant d’être optimiste parfois. Et je voulais pas tomber dans l’insulte gratuite qui aurait dévaluée mon propos.

  3. J’aime beaucoup, ma version étant plus agressive et dans une tonalité moins pédagogue.
    Je doute aussi qu’ils s’y penchent mais beau geste ^^

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