La Brigade Chimérique

« Ils sont nés sur les champs de bataille de 14-18, dans le souffle des gaz et des armes à rayons X.
Ils ont pris le contrôle des grandes capitales européennes. Par-delà le bien et le mal.
Les feuilletonistes ont fait d’eux des icônes. Les scientifiques sont fascinés par leurs pouvoirs. Pourtant, au centre du vieux continent, une menace se profile, qui risque d’effacer jusqu’au souvenir de leur existence. »

La Brigade Chimérique est une bande dessinée qui nous propose de plonger dans l’imaginaire de la science fiction de l’entre-deux guerres et donne une explication à cette question: pourquoi l’Europe n’a-t-elle plus dans son imaginaire collectif des super-héros tels que les ont développés les comics américains?

Cette BD nous immerge dans un monde où le Nyctalope protège Paris, l’Accélérateur Londres, tandis qu’un inquiétant docteur Mabuse dirige l’Europe centrale. Ces noms ne vous disent rien? A moi non plus avant de plonger dans cette aventure. Car ces héros ont existé. Peut-être pas dans notre réalité, mais dans celle décrite dans les romans de leurs auteurs dans des saga à très grand succès parfois (l’auteur des aventures du Nyctalope verra tirer certains de ses ouvrages à plus de 100 000 exemplaires).

Les auteurs de la Brigade font dans cet ouvrage une sorte de cross-over de ces différents héros et méchants pour raconter une intrigue qui transcende l’existence même de ces héros. Au fil des cases, les références sont très nombreuses à des personnages historiques (la famille Curie, Daladier…), des héros oubliés (l’Homme élastique, Carnacki,…), ou un peu moins (Doc Savage, Mabuse, un certain homme d’acier…) qui réveille des échos de notre mémoire mais qu’on ne sait placer avec précision.

Le ton de l’histoire est résolument sombre, l’histoire commence en 1938, et la géopolitique de l’Europe d’alors est respectée, avec quelques ajustements (ainsi Hitler est remplacé par Mabuse, un savant fou aux pouvoirs hypnotiques). Mais c’est aussi la grande période du surréalisme, de l’écriture automatique et de l’isolationnisme américain.

Au premier abord, je n’ai pas vraiment accroché au style des dessins, surtout des visages. Mais au fil des pages, je m’y suis faite, l’intrigue étant prenante.

Je l’ai lu dans la version Intégrale paru en octobre 2012 et je la recommande fortement: en effet, en plus de la satisfaction de ne pas devoir interrompre sa lecture en fin de tome, cette version offre un livret en fin de volume. Détaillant les références page par page, il permet de comprendre réellement les références très nombreuses et les tenants et aboutissants de l’intrigue.

Lire l’article « La Brigade: Origines » avant de commencer est juste indispensable quand, comme moi, on ne connaît pas du tout le courant merveilleux scientifique (pour faire court: la science fiction avant l’invention du terme).

Cet ouvrage a été pour moi une révélation sur un courant littéraire dont je ne savais rien. Avec l’entrée dans le domaine public de nombreux ouvrages de ce genre (vive les ebooks), il est probable que vous lisiez d’autres chroniques ici-même.

 

« La Brigade Chimérique »
Serge Lehman et Fabrice Colin (scénario)
Guess (dessins)
Céline Bessonneau (couleurs)
Editions L’Atalante (35€)

 

 

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